Le fond ou la forme

Rassurez-vous, on parle ici toujours de course à pied et non de littérature.

Dans ma quête encore inachevée de la course “libre” (comme on veut, quand on veut), que sous-tend ma lutte contre mes problèmes récurrents, je commence à travailler la forme de la foulée, en plus du fond. J’insiste sur « problèmes » et non pas « blessures » – qui est probablement un mot un peu fort, on y reviendra dans un prochain épisode. Je dis aussi « commence » bien que ce n’est plus du tout le commencement – cela fait 18 mois maintenant que je travaille explicitement la forme, mais ce texte a été écrit à la vitesse d’un escargot au galop.

Si je me fie à mon physio, à mon entraîneur et à mes lectures, la forme est très importante pour faire du fond longtemps et sans problème. Alors allons-y à fond pour la forme !

Avertissement: je ne suis ni expert en chaussures de course, ni thérapeute, ni entraineur, prenez tout cela avec votre grain de sel habituel. Ce billet n’est pas non plus une critique des chaussures de marque New Balance (NB dans le texte), seule marque que je porte rapport à la largeur de mes pieds. J’essaie encore une fois de rapporter mon expérience personnelle pour qu’elle serve à d’autres.

Quel talon !

Il fût un temps, il y a longtemps, où je courais avec une approche talon. Pas par choix, juste parce que c’est comme ça que mes jambes tournaient. J’ai couru deux marathons de cette façon, avec un pic d’entraînement à 70Km / semaine, sans véritable bobo. Puis j’ai eu un problème récurrent décrit ici et mon calvaire a commencé. J’ai continué à courir comme je pouvais, j’ai cherché beaucoup, lu ces histoires de talon (pas Achille) et puis …

Plus ça change, moins c’est pareil

2012. Je cours 2 fois par semaine en moyenne. 2 séances de vélo stationnaire (!). Pas d’autres exercices que du gainage. Rien à noter.

Fin 2012. Visite chez le physio, avec enfin le bon diagnostic et un plan pour corriger tout ça. Changement de chaussures : je passe d’une « drop » de 12mm, avec correction, à 8mm (NB 1080), sans correction. Beaucoup (30′ par jour, 4 fois par semaine) de gainage et autres exercices spécifiques pour corriger mon problème. Mon physio me dit que ça va prendre longtemps. J’ai confiance. Je n’observe pas encore de changement de foulée.

Début 2013. Je commence à introduire des intervalles courts. Erreur ! Mon pied n’accroche pas sur la neige et je me blesse légèrement au mollet. Retour à la case départ mais avec une méthode « particulière » : plus de sorties, très courtes, pour me remettre en selle.
En Mars 2013 je suis à 3 sorties par semaine, plus une séance de stationnaire. Mon problème n’a pas complètement disparu mais ne me fait plus sauter de sorties.

Printemps et Été 2013. Je suis à 3-4 sorties par semaine, plus une séance de stationnaire. Je peux maintenant faire des intervalles, je prends de la vitesse. J’observe que mes mollets, les deux, sont souvent fatigués. Mes sorties longues ne le sont pas vraiment (1H30 max. environ) et mes sorties en semaine font 45′. Je fais aussi beaucoup de trail. Un changement s’opère.

Automne 2013. Les mollets sont toujours aussi fatigués. Je cours plus souvent, plus vite. Je crois que cette fatigue est liée au volume et à la vitesse, sans véritablement comprendre vu mon volume moindre par rapport à avant.
Demi-marathon pour terminer la saison. PB. Content. Mais :
– une fatigue évidente, en fin de course et sur plusieurs jours, des mollets,
– une belle ampoule sous mon pied gauche … Je n’ai pas terminé ma course sur le carreau mais sur le coeur !

Ampoule
Avoir le coeur à la bonne place
ou courir comme un pied (c’est selon)
Demi-marathon, Nov. 2013

Je l’ai raide.

On parle de cheville ici !

Printemps 2014. Mon physio me propose d’introduire des exercices pour les mollets et d’essayer de courir de temps en temps en minimaliste (sur de petites distances). La fatigue au niveau des mollets ne passe pas. Le monsieur regarde ma foulée, observe un frottement du talon quand je ramène la jambe. Il me conseille de changer de chaussures, d’aller vers des plus légères avec semelles moins épaisses et moins d’amorti. Je viens d’acheter des NB 1080 v4 …

Fin printemps 2014. Je rencontre un entraîneur que l’on m’a référé. Il me fait passer une batterie de tests et diagnostic : j’ai les chevilles très (!) raides (je suis incapable de faire un squat sans lever les talons). Impact : les mollets travaillent plus. Nouveaux « set » d’exercices pour assouplir tout ça. Il paraît que ça va être long. Résilient vous avez dit ?!

Trouver chaussure à son pied

Été 2014. Changement de chaussures pour des NB 890 v3. Plus légères, plus basses. Après 2-3 sorties, je me sens vraiment bien dedans. Dehors aussi. Je passe une partie de mon été à courir « cool », 4 fois par semaine, en allongeant les sorties. Pas d’exercices spécifiques pour un mois. Et pourtant, j’observe une vraie différence. Regardons de plus près les protagonistes :
– NB 890 v3 (plus basses, plus légères, moins d’amorti)
– NB 1080 v4 (plus hautes, un peu plus lourdes, plus d’amorti …)

Même si on parle de la même marque, problème de moule (les deux paires sont en 13 / 2E) ou de qualité, je défonce les côtés de l’empeigne des 1080 assez rapidement (en 2-3 semaines environ).

NB_1080-UsureMeshNB 1080v4
Un kilomètre à pied, ça use, ça use

NB_1080-UsureTalon

Bon, il est important de noter qu’ici on a un même sujet (moi), à un moment donné (été 2014) qui passe d’une paire de souliers à une autre, sans introduire d’autres changements (un mois sans exercice).

Résultats, sans équivoques selon moi : une usure très différente de la semelle ! Avec les NB 890 v3 je ne frotte plus le talon et l’usure est donc moindre (de beaucoup).

NB_890_UsureTalon

J’observe également ce que j’avais « senti » : je cours beaucoup plus sur le mi-pied, avec une usure significative de la semelle à cet endroit. Avantage significatif à cette foulée : je ne change plus aussi souvent de chaussures (plus de 1000 Km avec la même paire) puisqu’elles restent stables et que l’amorti n’est pas aussi nécessaire quand on est mi-pied.

NB_890_UsureSemelle

Automne 2014. Entraînement en club depuis la fin de l’été. Intervalles. Sorties longues jusqu’à 2H. Plus de kilométrage. Les mollets toujours fatigués de temps en temps (semaine chargée, manque de sommeil). Demi-marathon pour terminer la saison. Beaucoup plus rapide (PB de 3′). Plus d’ampoule pour m’éclairer la plante du pied ! Les mollets sont quand même fatigués en fin de course.

2015. Plus de blessures ! 4 à 5 sorties par semaine. 50K par semaine en moyenne, pointe à presque 70 avant le demi. Une foulée encore améliorée par les exercices. J’ai connu le « flow » 2-3 fois. J’adore mes NB 890. J’ai couru toute l’année avec. Les v5 sont par contre plus fragiles, j’éclate à nouveau les côtés de l’empeigne, mais ça prend plusieurs mois. Comme je conserve mes paires de chaussures plus longtemps, quand elles sont terminées elles sont réellement hors d’usage (semelle et extérieur).
La fatigue aux mollets est moindre. Entraînement / adaptation. Mes chevilles sont toujours raides, moins, mais raides. Ça va prendre encore du temps.

Début 2016. Les NB 890 ne se font plus. Maudits changements ! Je passe aux NB Vazee Rush. Drop de 6mm, c’est mon physio qui va être content 😉

On conclut, c’est long tout ça

Moi-même je suis un peu tanné de cet article, mais je crois qu’il en vaut la peine.
Après avoir vécu tout ça je pense donc :
– que la forme est importante, pour performer ou pour ne pas se blesser,
– que la forme est liée (dans quelles proportions, je ne sais pas) aux chaussures et aux exercices,
– que trouver la bonne paire de souliers c’est le pied !

Et dans mon cas :
– qu’avec des chevilles raides il est difficile de courir en minimaliste,
– que courir mi-pied ça tire plus sur le mollet et qu’il est nécessaire de faire des exercices pour traiter ça.

Bref, la forme est importante pour le fond !

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